La double monarchie
L'âge d'or austro-hongrois de Budapest
De 1867 à 1918, la Hongrie forme avec l'Autriche un empire à deux têtes. Un demi-siècle qui suffit à transformer Budapest en grande capitale européenne — celle que l'on visite encore aujourd'hui.
Repères
- Compromis austro-hongrois
- 1867 (couronnement de François-Joseph le 8 juin)
- Naissance de Budapest
- 1873, fusion de Buda, Pest et Óbuda
- Millénaire de la conquête magyare
- 1896
- Fin de la double monarchie
- Automne 1918
Le Compromis de 1867, un empire à deux têtes
En 1849, l'Autriche a écrasé la révolution hongroise avec l'aide de la Russie. Mais l'empire des Habsbourg, affaibli par ses défaites contre la France (1859) puis la Prusse (1866), a besoin de réconcilier sa moitié hongroise. Le juriste Ferenc Deák, surnommé « le sage de la nation », négocie ce que l'histoire retiendra comme le Compromis (Kiegyezés) de 1867 : la Hongrie retrouve son parlement, son gouvernement et une large autonomie interne. Seuls les affaires étrangères, l'armée et les finances communes restent partagés avec Vienne.
L'empire d'Autriche devient ainsi l'Autriche-Hongrie, une monarchie double avec deux capitales, deux parlements et un seul souverain. Le 8 juin 1867, François-Joseph est couronné roi de Hongrie en l'église Matthias, sur la colline du château de Buda, aux côtés de son épouse Élisabeth. Le comte Gyula Andrássy, ancien exilé de 1848, devient premier ministre — l'avenue la plus élégante de Pest portera son nom.
Sissi, la reine que les Hongrois ont adoptée
L'impératrice Élisabeth, « Sissi », occupe une place à part dans cette réconciliation. Elle apprend le hongrois, s'entoure de dames de compagnie hongroises et pèse de tout son poids auprès de François-Joseph en faveur du Compromis. En remerciement, la nation offre au couple royal le château de Gödöllő, près de Pest, où la reine séjourne aussi souvent que possible, loin du protocole viennois. Son assassinat à Genève, le 10 septembre 1898, plonge la Hongrie dans un deuil sincère : encore aujourd'hui, ponts, statues et plaques entretiennent son souvenir, à commencer par le pont Élisabeth (Erzsébet híd) qui enjambe le Danube au centre de Budapest.
1896, le millénaire : Budapest en chantier permanent
En 1873, la fusion de Buda, Pest et Óbuda donne naissance à Budapest. La ville triple presque de population entre 1870 (environ 280 000 habitants) et 1910 (près de 880 000) et devient l'une des métropoles qui grandissent le plus vite en Europe. Tout converge vers 1896, année où la Hongrie célèbre le millénaire de la conquête magyare de 895 : l'avenue Andrássy est achevée, la place des Héros reçoit son monument du Millénaire avec les sept chefs de tribus, le château de Vajdahunyad s'élève dans le bois de Ville, et le premier métro d'Europe continentale est inauguré le 2 mai 1896 — la ligne M1, toujours en service, que détaille notre page sur le métro de Budapest.
Les grands symboles de la capitale datent de ces années : le Parlement d'Imre Steindl, construit de 1885 à 1904, accueille une séance solennelle dès 1896 ; le bastion des Pêcheurs de Frigyes Schulek est édifié entre 1895 et 1902 ; la basilique Saint-Étienne est achevée en 1905.
La Belle Époque des cafés et de l'opérette
La Budapest de 1900 compte plusieurs centaines de cafés, véritables salons littéraires où s'écrivent journaux et romans — le New York, ouvert en 1894 sur le Grand Boulevard, en reste le plus fastueux témoin. L'Opéra d'État, inauguré en 1884 sur l'avenue Andrássy, rivalise avec celui de Vienne, tandis que Ferenc Lehár et Imre Kálmán portent l'opérette hongroise sur toutes les scènes d'Europe, un héritage encore vivant que raconte notre page opérette et musique. Cette prospérité a pourtant ses ombres : campagnes de magyarisation contestées par les minorités du royaume, misère ouvrière, émigration massive vers l'Amérique. La Première Guerre mondiale emporte l'édifice : vaincue en 1918, la double monarchie se disloque, et la Hongrie affronte seule le traité de Trianon.
Sur les traces de l'Autriche-Hongrie aujourd'hui
Peu de villes ont conservé leur décor 1900 aussi intact que Budapest. Une journée suffit pour relier les hauts lieux de l'époque : montée en métro M1 sous l'avenue Andrássy jusqu'à la place des Héros, visite du Parlement, café-pâtisserie dans une institution de la Belle Époque (voir nos adresses de pâtisseries), puis coucher de soleil au bastion des Pêcheurs. Les bains Széchenyi (1913) et Gellért (1918) prolongent l'expérience dans deux palais thermaux nés des dernières années de la monarchie.