4 juin 1920

Trianon, le traité qui a redessiné la Hongrie

Signé au Grand Trianon de Versailles, le traité de paix de 1920 réduit le royaume de Hongrie aux deux tiers. Un siècle plus tard, ce mot reste l'une des clés pour comprendre le pays.

En bref

Date et lieu
4 juin 1920, palais du Grand Trianon, Versailles
Territoire
D'environ 325 000 km² (Croatie comprise) à 93 000 km²
Population
D'environ 20,9 millions à 7,6 millions d'habitants
Hongrois hors frontières
Environ 3,3 millions de personnes de langue hongroise

Comment on en est arrivé là (1918-1920)

À l'automne 1918, l'Autriche-Hongrie, vaincue aux côtés de l'Allemagne, se disloque en quelques semaines. La Hongrie proclame son indépendance sous Mihály Károlyi (octobre 1918), mais l'armistice n'arrête pas les armées voisines : troupes roumaines, tchécoslovaques et serbes occupent de vastes portions du royaume. Au printemps 1919, la République des conseils de Béla Kun, éphémère régime communiste, tente de reconquérir ces territoires avant d'être renversée ; l'armée roumaine occupe même Budapest d'août à novembre 1919. Quand la délégation hongroise, conduite par le comte Albert Apponyi, est enfin entendue à Paris en janvier 1920, les nouvelles frontières sont déjà largement tracées sur le terrain. Le 4 juin 1920, deux ministres hongrois, Ágost Benárd et Alfréd Drasche-Lázár, signent le traité au Grand Trianon.

Ce que dit le traité

Le texte entérine le démembrement du royaume historique. La Transylvanie et l'est du Banat reviennent à la Roumanie ; la Haute-Hongrie (l'actuelle Slovaquie) et la Ruthénie subcarpatique à la Tchécoslovaquie ; la Croatie, la Bácska et l'ouest du Banat au futur royaume de Yougoslavie ; le Burgenland à l'Autriche. Même la ville de Sopron est d'abord attribuée à l'Autriche, avant qu'un plébiscite, en décembre 1921, ne la maintienne en Hongrie — elle y gagne son titre de « ville la plus fidèle ». Le traité limite en outre l'armée hongroise à 35 000 hommes, sans conscription, et prévoit des réparations. Au total, la Hongrie passe d'environ 325 000 km² à 93 000 km², et d'environ 20,9 à 7,6 millions d'habitants.

Des frontières et des hommes

Les vainqueurs invoquent le droit des peuples : Slovaques, Roumains, Croates et Serbes, longtemps minorités du royaume multiethnique, obtiennent de rejoindre leurs États nationaux. Mais le tracé place aussi environ 3,3 millions de personnes de langue hongroise hors des nouvelles frontières, souvent dans des zones frontalières compactes ou de grandes villes comme Kolozsvár (Cluj) ou Kassa (Košice). C'est cette part du règlement que la Hongrie vit comme une injustice durable. L'entre-deux-guerres est dominé par le révisionnisme — drapeaux en berne, slogan « Non, non, jamais ! » — qui pousse le régime de l'amiral Horthy dans l'alliance allemande : les arbitrages de Vienne (1938 et 1940) rendent brièvement des territoires, reperdus en 1947 quand le traité de Paris rétablit les frontières de Trianon.

Une mémoire toujours vive

Après 1945, le sujet devient tabou sous le régime communiste — qui affrontera sa propre crise en 1956 — puis ressurgit après 1989. En 2010, le parlement hongrois fait du 4 juin la « Journée de l'unité nationale », et une loi ouvre la nationalité hongroise aux Magyars des pays voisins. Pour le centenaire, en 2020, un mémorial de l'unité nationale a été inauguré près du Parlement : une rampe de granit de 100 mètres gravée du nom de plus de 12 000 localités du royaume d'avant 1920. Comprendre Trianon, ce n'est pas trancher le débat — les historiographies hongroise et voisines divergent encore — mais saisir pourquoi la carte, la démographie et la sensibilité politique du pays en portent toujours la marque, un siècle après. Notre page Histoire de la Hongrie replace l'épisode dans le temps long.

Voir les traces de Trianon aujourd'hui

À Budapest, le mémorial de l'unité nationale s'étire le long de l'Alkotmány utca, face au Parlement : accès libre, flamme sous la dalle de granit, noms des localités perdues gravés dans la pierre. À Sopron, la porte de la Fidélité, au pied de la tour du Feu, rappelle le plébiscite de 1921. À Szeged, l'imposante université est l'héritière directe de celle de Kolozsvár, repliée de Transylvanie après le traité. Enfin, beaucoup de visiteurs prolongent le sujet hors des frontières actuelles, en Transylvanie ou en Slovaquie du Sud, où le hongrois s'entend toujours dans la rue — notre page sur la langue hongroise explique cette géographie particulière.