Comprendre le pays
Histoire de la Hongrie
Un peuple cavalier venu de l'Oural, un royaume millénaire, un siècle et demi d'occupation ottomane, un empire à deux têtes, deux traumatismes au XXᵉ siècle : onze siècles d'histoire pour comprendre la Hongrie d'aujourd'hui.
895 : la conquête magyare
Les sept tribus magyares, peuples cavaliers venus des steppes au-delà de l'Oural, franchissent les Carpates sous la conduite du prince Árpád et s'installent dans le bassin danubien. Après un demi-siècle de raids redoutés jusqu'en Bourgogne, la défaite de Lechfeld (955) les fixe : les Magyars se sédentarisent.
1000 : le royaume de saint Étienne
Le jour de Noël de l'an 1000, Étienne (István) reçoit une couronne envoyée par le pape et fonde le royaume chrétien de Hongrie. La Sainte Couronne devient — et reste — le symbole de la nation ; elle est aujourd'hui exposée sous la coupole du Parlement. Le royaume médiéval prospère, malgré l'invasion mongole dévastatrice de 1241, et atteint son âge d'or sous Matthias Corvin (1458–1490), roi humaniste dont la bibliothèque éblouit l'Europe.
1526–1699 : le pays coupé en trois
La catastrophe de Mohács (1526), où le roi Louis II périt face à Soliman le Magnifique, ouvre 150 ans d'occupation ottomane. Le pays se retrouve partagé : le centre aux Turcs, l'ouest aux Habsbourg, la Transylvanie en principauté vassale. De cette période, la Hongrie garde des minarets (à Eger, à Pécs), le café… et la culture des bains.
1867 : l'Autriche-Hongrie
Après l'échec de la révolution de 1848 menée par Kossuth et Petőfi, le Compromis de 1867 fait de la Hongrie l'égale de l'Autriche au sein d'une double monarchie. C'est la Belle Époque hongroise : Budapest se couvre de boulevards, du Parlement, du premier métro du continent (1896) et fête avec faste le millénaire de la conquête.
1920 : Trianon, la blessure
Vaincue avec les empires centraux en 1918, la Hongrie signe le traité de Trianon (4 juin 1920) : elle perd les deux tiers de son territoire et un tiers des Hongrois de langue se retrouvent hors des nouvelles frontières. Ce traumatisme structure encore la mémoire nationale — le mot « Trianon » suffit à le convoquer.
1956 : l'insurrection de Budapest
Passée dans l'orbite soviétique après 1945, la Hongrie se soulève le 23 octobre 1956. Pendant douze jours, Budapest croit à la liberté, avant l'écrasement par les chars soviétiques : plus de 2 500 morts, 200 000 exilés, et l'exécution du premier ministre Imre Nagy en 1958. Suivront trois décennies de « communisme du goulash », version adoucie du régime sous János Kádár.
1989 à nos jours
En 1989, la Hongrie ouvre la première brèche du rideau de fer en laissant passer les Allemands de l'Est vers l'Autriche — un geste qui précipite la chute du mur de Berlin. République démocratique dès octobre 1989, la Hongrie rejoint l'OTAN en 1999 et l'Union européenne le 1ᵉʳ mai 2004. Elle garde toutefois son forint, sa fierté ombrageuse et cette conviction, chère aux Hongrois, d'être « seuls » au milieu de l'Europe avec leur langue sans famille proche.