Aux origines

La conquête magyare de 895

En 895, sept tribus de cavaliers venues des steppes franchissent les Carpates sous la conduite du prince Árpád. Les Hongrois appellent cet événement fondateur la honfoglalás, la « prise de patrie ».

En bref

Date
895–896 (dates retenues par l'historiographie hongroise)
Chef
Le prince Árpád (mort vers 907), fondateur de la dynastie árpádienne
Les sept tribus
Nyék, Megyer, Kürt-Gyarmat, Tarján, Jenő, Kér, Keszi
Fin des raids
Défaite de Lechfeld, près d'Augsbourg, le 10 août 955
Source principale
La Gesta Hungarorum du chroniqueur Anonymus (vers 1200)

Un peuple venu de l'Oural

Les Magyars ne sont ni slaves, ni germains, ni latins. Leur langue appartient à la famille ouralienne : ses parentes les plus proches, le khanty et le mansi, se parlent encore aujourd'hui en Sibérie occidentale, et ses cousines éloignées sont le finnois et l'estonien. Le foyer ancestral des Magyars se situait aux abords de l'Oural, dans une région que les chroniqueurs médiévaux nommeront Magna Hungaria.

Au fil du premier millénaire, ces éleveurs semi-nomades glissent vers le sud-ouest à travers les steppes pontiques. Au IXᵉ siècle, ils séjournent dans deux territoires successifs connus par les sources byzantines : la Lévédie, vers le Don, puis l'Etelköz, entre le Dniepr et le bas Danube. C'est là que se forge leur redoutable art de la guerre : archers montés, arc composite à double courbure, feintes de fuite suivies de retournements dévastateurs.

895 : la « prise de patrie »

Selon la tradition rapportée par Anonymus, les chefs des sept tribus scellent un pacte de sang (vérszerződés) et élisent pour chef Álmos, puis son fils Árpád. En 895, alors que les Magyars sont engagés dans une guerre entre Byzance et les Bulgares, leurs campements de l'Etelköz sont attaqués par les Petchenègues, un autre peuple des steppes. Sous cette pression, l'ensemble du peuple — guerriers, familles, troupeaux — franchit les Carpates, notamment par le col de Verecke, et descend dans le bassin danubien.

La région, ancien cœur de l'empire avar disparu un siècle plus tôt, est alors politiquement morcelée entre principautés slaves, marches franques et avant-postes bulgares. En quelques années, les Magyars s'imposent sur la Grande Plaine, puis en Transdanubie vers 900 ; la Grande-Moravie, affaiblie, s'effondre au début du Xᵉ siècle. Le millénaire de cette conquête sera célébré en grande pompe en 1896, à Budapest.

Un demi-siècle de raids en Europe

Installés, les Magyars ne se tiennent pas tranquilles pour autant. De 899 — victoire sur le roi d'Italie Bérenger au bord de la Brenta — jusqu'au milieu du Xᵉ siècle, leurs cavaliers lancent des dizaines d'expéditions à travers l'Europe : Bavière, Saxe, Lotharingie, Bourgogne, Italie, et jusqu'en Espagne en 942. Dans les églises d'Occident, on prie alors : « Des flèches des Hongrois, délivre-nous, Seigneur. »

La riposte s'organise. Le roi de Germanie Henri Iᵉʳ inflige aux Magyars un premier revers à Riade en 933. Le coup d'arrêt décisif vient de son fils Otton Iᵉʳ : le 10 août 955, à Lechfeld, près d'Augsbourg, l'armée magyare est anéantie ; les chefs Bulcsú et Lehel sont capturés et pendus. En 970, une dernière défaite face à Byzance, à Arcadiopolis, ferme aussi la route du sud.

De la tente à l'État

Privée du butin des raids, la société magyare doit changer de modèle. Le grand-prince Géza, arrière-petit-fils d'Árpád, en tire les conséquences vers 972 : il fait la paix avec l'empire, accueille des missionnaires et fait baptiser son fils Vajk. Sous le nom d'Étienne, celui-ci deviendra en l'an 1000 le premier roi chrétien de Hongrie — la suite se lit dans notre page sur saint Étienne et la Sainte Couronne. En un siècle, le peuple cavalier des steppes est devenu un royaume européen, chose rare : des peuples arrivés par les mêmes steppes (Huns, Avars, Petchenègues), les Magyars sont les seuls à avoir fondé un État qui existe encore.

Sur les traces des Magyars aujourd'hui

Le lieu le plus parlant est la place des Héros à Budapest : au pied de la colonne du Millénaire, élevée pour les fêtes de 1896, Árpád et les six autres chefs de tribus caracolent en bronze. Au parc mémorial d'Ópusztaszer, à une trentaine de kilomètres au nord de Szeged, le panorama circulaire d'Árpád Feszty (1894), toile monumentale d'environ 15 m sur 120 m, met en scène l'arrivée des Hongrois. Enfin, pour retrouver quelque chose de l'horizon des steppes et des traditions équestres, cap sur la Grande Plaine et la puszta de Hortobágy — le meilleur épilogue à cette page d'histoire.