Mémoire du XXᵉ siècle

Memento Park, le cimetière des statues communistes

À la chute du régime, Budapest n'a pas détruit ses statues de Lénine et de Marx : elle les a exilées dans un parc de la banlieue sud-ouest, ouvert en 1993. Une visite étrange et instructive, à une demi-heure du centre.

Un exil plutôt qu'une destruction

En 1991, la ville de Budapest décide du sort des dizaines de monuments qui encombraient ses places depuis l'ère soviétique : ni fonte, ni casse, mais un regroupement à la périphérie, dans le XXIIᵉ arrondissement. Le parc, dessiné par l'architecte Ákos Eleőd et inauguré le 29 juin 1993 — deux ans jour pour jour après le départ du dernier soldat soviétique —, assume l'ambiguïté du projet : « ce parc parle de dictature, mais le fait qu'il puisse exister parle de démocratie », résume son concepteur. On y circule entre une quarantaine de statues et de plaques : Lénine en bronze, Marx et Engels en granit, l'immense soldat de l'Armée rouge qui dominait le mont Gellért, le capitaine Ostapenko qui saluait les automobilistes à la sortie de la ville, et les figures de la République des conseils de 1919, dont l'ouvrier en pleine course devenu l'emblème du lieu.

Les bottes de Staline et la baraque aux archives

Devant l'entrée se dresse une tribune de brique surmontée de deux bottes de bronze vides : la réplique de ce qui restait de la statue de Staline, haute de huit mètres, sciée aux genoux par la foule le 23 octobre 1956, premier soir de l'insurrection. L'original de la tribune se trouvait sur l'actuelle place des Cinquante-Six, près de la place des Héros, où les dignitaires du régime passaient les défilés en revue.

Une baraque en bois abrite une petite exposition sur 1956 et sur le changement de régime de 1989-1990, ainsi qu'une salle de projection diffusant La vie d'un agent, montage de véritables films de formation de la police secrète : filatures, pose de micros, recrutement d'informateurs. C'est la partie la plus glaçante de la visite. Une Trabant d'époque, la petite voiture est-allemande que l'on attendait parfois plus de dix ans dans la Hongrie socialiste, complète le tableau ; on peut s'asseoir au volant, ce qui en fait la photo favorite des visiteurs. Comptez 1 h à 1 h 30 sur place ; les cartels sont traduits en anglais, et un guide papier en français est vendu à la boutique, riche en objets d'époque détournés.

Y aller depuis le centre

Le parc est à 12 km du centre, mais l'accès en transports publics est simple et couvert par un ticket ordinaire. Prenez le métro M4 jusqu'à son terminus Kelenföld vasútállomás, puis le bus 150 (direction Campona) jusqu'à l'arrêt Memento Park : 15 à 20 minutes de bus, un départ toutes les 20 à 30 minutes en journée. Depuis Deák Ferenc tér, comptez environ 45 minutes porte à porte. En voiture ou à vélo, le parc se trouve à l'angle de Balatoni út et Szabadkai utca, sur la route 7 — celle qui file vers le lac Balaton : la visite peut s'insérer au départ d'une excursion vers l'ouest.

Prévoyez la sortie par temps clément : le site est entièrement en plein air, sans ombre l'été et balayé par le vent l'hiver. La visite se combine bien, au retour, avec les monuments du centre de BudapestParlement ou château — pour mesurer le contraste entre les deux mémoires de la ville : les mêmes années ont produit ici des colosses de propagande, là des plaques discrètes aux victimes. Billets et horaires détaillés sur le site officiel mementopark.hu.

En bref

Adresse
angle Balatoni út & Szabadkai utca, XXIIᵉ arrondissement
Horaires
tous les jours de 10 h au coucher du soleil (vers 18 h)
Tarif
environ 4 000 Ft (10 €), réductions étudiants et seniors
Accès
métro M4 jusqu'à Kelenföld, puis bus 150 (ticket BKK ordinaire)
Durée de visite
1 h à 1 h 30